La recherche de nouveaux médicaments grâce aux cellules souches « iPS »

La recherche utilisant les cellules souches induites à la pluripotence* (iPS) est en pleine expansion. Elle permet déjà le développement de thérapie cellulaire et, actuellement, le remplacement de cellules rétiniennes paraît réalisable pour une application clinique. La transplantation de cellules issues de cellules souches pourrait traiter durablement chaque patient. 

L’enjeu de ces recherches est important car le nombre de patients affectés par des maladies neurodégénératives va doubler d’ici 2050, augmentant le besoin de soins appropriés. Ces dernières années ont permis des progrès technologiques et scientifiques considérables.

cellules souches
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A savoir

Une cellule pluripotente, c’est quoi ? C’est une cellule capable de se différencier en n’importe quel type de cellules de l’organisme, naturellement présente chez l’embryon.

sacha reichman

Rencontre avec le Dr Sacha Reichman de l’Institut de la Vision à Paris, spécialiste en modélisation de pathologies rétiniennes in vitro, qui nous explique son projet sur les « iPS » et mini-rétine pour traiter une maladie dégénérative de la rétine : la rétinopathie pigmentaire.

Pouvez-vous nous décrire votre projet sur la rétinopathie pigmentaire ?

 

Dr Sacha Reichman : C’est un projet qui consiste à recréer in vitro la rétinopathie pigmentaire, une maladie dégénérative de la rétine qui est la première cause de cécité héréditaire dans les pays développés. Cette maladie ou plutôt ces maladies (plusieurs gènes sont impliqués dans cette pathologie), entrainent toutes la dégénérescence des photorécepteurs qui sont les cellules qui captent la lumière. Notre objectif est de développer un test automatisable utilisant des photorécepteurs « malades » humains pour identifier des molécules à potentiel thérapeutique.

Groupe de recherche reichman

Equipe du Dr Sacha Reichman, Institut de la Vision, Paris

Quelle est votre approche pour y parvenir ?

Dr Sacha Reichman : Notre approche pourrait se diviser en 3 étapes :

  • Produire une grande quantité de cellules photoréceptrices humaines saines et malades à partir de mini rétines issues de cellules « IPS ».
  • Recréer des conditions de la dégénérescence in vitro.
  • Rechercher les molécules capables de ralentir, voire de stopper la mort cellulaire.

Comment fabrique t-on des cellules « iPS » Induced Plupotent Stem cells ?

Dr Sacha Reichman : Nous utilisons des cellules de peau de patient que nous reprogrammons en cellules souches induites à la pluripotence nommées cellules « iPS ». Sous ce nom un peu complexe de « cellules iPS », se cache en fait une révolution technologique qui a abouti à un prix Nobel de Médecine en 2012 reçu par le Pr. Yamanaka (Japon). C’est comme si, nous faisions rajeunir les cellules de peau à un tel point qu’elles redeviendraient de type embryonnaire. Les cellules iPS sont ainsi semblables aux cellules d’un embryon au premier stade de développement et donc capables de se différencier dans tous les types cellulaires du corps.

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Quel est le support biologique que vous allez utiliser pour tester vos molécules pouvant traiter la maladie ?

Dr Sacha Reichman : Nous avons développé au sein de l’Institut de la vision une méthode pour générer des mini-rétines à partir de ces cellules iPS. Ces mini-rétines sont donc notre source pour produire les cellules photoréceptrices nécessaires pour le projet. De manière similaire, avec des cellules de peau de patients atteints de rétinopathie pigmentaire, nous pouvons générer des mini-rétines qui portent la mutation et ainsi produire des photorécepteurs « malades ».

Enfin, nous mettrons au point dans une troisième étape, un test automatisable afin d’évaluer le potentiel protecteur de plus de 1520 molécules ayant déjà une autorisation de mise sur le marché. Ces molécules initialement prescrites pour d’autres pathologies seront ainsi expérimentées sur notre modèle. L’avantage de ce repositionnement de médicament est d’accélérer l’accès au traitement si une molécule candidate est identifiée.

schema cellules souches

Peut-on dresser un bilan de l’utilisation des cellules (IPS) issues de cellules souches ?

Dr Sacha Reichman : L’utilisation des cellules iPS est un tournant dans la recherche de nouveaux traitements. Dans notre cas, elles permettent d’avoir une source intarissable de cellules rétiniennes humaines saines ou mutées. Elles représentent ainsi un outil très puissant pour développer les thérapies de demain comme la thérapie cellulaire qui permettra de remplacer les cellules perdues par de nouvelles ou la thérapie génique pour contrer la mutation délétère présente.

Il est, à mon sens, trop tôt pour dresser un bilan de leur utilisation car cette technologie du 21ème siècle est très récente et les nombreux essais cliniques sont encore en cours. Ce que nous pouvons dire dès lors, c’est que ces cellules et leurs dérivées portent un très grand espoir aux vues de leurs potentiels en recherche scientifique et médicale et que, indubitablement, il y a déjà un avant et un après « cellules iPS ».

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