Maladie de Stargardt : comprendre aujourd’hui, traiter demain
Décrite en 1909 par Karl Stargardt, la maladie de Stargardt est une dystrophie maculaire héréditaire touchant les deux yeux. Elle entraîne une atteinte progressive de la vision centrale, alors que la vision périphérique reste généralement préservée.
La maladie apparaît le plus souvent pendant l’enfance, l’adolescence ou chez l’adulte jeune, mais certaines formes plus tardives peuvent se révéler après 40–50 ans.
La maladie de Stargardt se caractérise par :
• Une prévalence estimée entre 1/8 000 et 1/10 000 personnes selon les populations étudiées
• Une atteinte de la macula, région centrale de la rétine impliquée dans la vision fine
• La présence fréquente de dépôts jaunâtres rétiniens
Les symptômes ?
Les signes cliniques peuvent inclure :
- Une baisse progressive de la vision centrale bilatérale
- Des difficultés de lecture ou de vision de loin
- Une tache sombre ou floue centrale (scotome central)
- Une photophobie (sensibilité accrue à la lumière)
- Une altération de la vision des couleurs
- Une difficulté d’adaptation aux variations de luminosité
L’évolution demeure variable selon les patients.
Diagnostic
Le diagnostic repose sur l’examen clinique et des examens spécialisés :
- Fond d’œil
- Tomographie en cohérence optique (OCT)
- Électrorétinogramme (ERG) dans certains cas
- Analyse génétique moléculaire
Les dépôts jaunâtres caractéristiques, souvent dits « pisciformes » (en forme de poisson), correspondent à une accumulation de lipofuscine dans l’épithélium pigmentaire rétinien.
Le test génétique est devenu indispensable afin d’identifier le gène responsable et d’orienter l’accès aux futurs essais thérapeutiques.
Une maladie génétique héréditaire
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La maladie touche les femmes et les hommes.
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Dans 90–95 % des cas, elle est liée à des mutations du gène ABCA4.
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La transmission est généralement autosomique récessive.
Plus rarement, des formes apparentées (« Stargardt-like ») impliquent d’autres gènes :
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ELOVL4
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PROM1
- PRPH2
Certaines suivent une transmission autosomique dominante.
Recherches et traitements en 2026
À ce jour, aucun traitement curatif validé n’est disponible, mais plusieurs stratégies thérapeutiques sont activement développées.
Approches pharmacologiques
Objectif : réduire l’accumulation des dérivés toxiques issus du cycle de la vitamine A.
Exemple majeur : ALK-001 (gildeuretinol acetate) — développé par Alkeus Pharmaceuticals — vise à diminuer la formation de dimères toxiques de vitamine A impliqués dans la toxicité rétinienne. Des études cliniques sont en cours chez les patients atteints de Stargardt.
Thérapies géniques ciblant ABCA4
Le gène ABCA4 est particulièrement grand, ce qui complique son transport par les vecteurs AAV conventionnels (minuscule navette biologique qui transporte un gène sain directement à l’intérieur des cellules malades).
Plusieurs sociétés développent désormais des solutions innovantes pour la maladie de Stargardt :
SpliceBio (Espagne) développe SB-007, un traitement génique qui utilise deux vecteurs combinés pour livrer dans les cellules de la rétine une copie complète et fonctionnelle du gène ABCA4 — trop volumineux pour être transporté par un seul vecteur classique. Un essai clinique de première phase chez l’homme, appelé ASTRA, est actuellement en cours.
AAVantgarde Bio (Italie) travaille sur AAVB-039 (essai clinique Celeste phase 1/2), basé sur la même stratégie de double vecteur. Concrètement, le gène ABCA4 est découpé en deux moitiés, chacune transportée séparément dans l’œil, puis les deux fragments fusionnent pour reconstituer une protéine fonctionnelle à l’intérieur de la cellule.
VeonGen Therapeutics (Allemagne) développe VG801 (essai clinique phase 1/2), une thérapie génique pour la maladie de Stargardt. Ses premiers résultats ont été présentés à l’ARVO 2026 — le plus grand congrès mondial sur la recherche en vision. Les patients traités ont vu leur acuité visuelle s’améliorer de façon constante, avec des effets maintenus jusqu’à 12 mois après l’injection, sans effet indésirable grave chez l’adulte comme chez l’enfant. Sa particularité : corriger l’erreur génétique en amont en utilisant deux vecteurs AAV en tandem, avant même que la cellule fabrique la mauvaise protéine.
Les trois approches poursuivent le même objectif — remettre en route la protéine ABCA4 défaillante — mais par des voies techniques différentes. Aucune n’est encore autorisée ; toutes sont en cours d’évaluation clinique.
Thérapies (ARN / édition de l’ARN)
Certaines recherches visent à corriger les anomalies d’expression du gène via :
- oligonucléotides antisens ;
- édition ARN.
Par exemple : Ascidian Therapeutics développe ACDN-01, une approche d’édition ARN destinée aux maladies liées à ABCA4.
Thérapie cellulaire
Des équipes internationales évaluent l’utilisation de cellules souches pluripotentes induites (iPSC) pour remplacer les cellules rétiniennes dégénérées.
Travaux menés notamment dans des centres universitaires spécialisés en maladies rétiniennes héréditaires comme par exemple :
- Moorfields Eye Hospital — Londres, Royaume-Uni
- UCL Institute of Ophthalmology — Londres, Royaume-Uni
- Institut de la Vision — Paris, France
- Johns Hopkins University — Baltimore, États-Unis
Optogénétique
L’optogénétique cherche à rendre des cellules rétiniennes résiduelles sensibles à la lumière afin de contourner la perte des photorécepteurs.
Nanoscope Therapeutics développe la thérapie optogénétique MCO-010, évaluée dans les dégénérescences rétiniennes avancées, incluant Stargardt.
En résumé
La maladie de Stargardt provoque une baisse progressive de la vision centrale, généralement bilatérale.
Certaines recommandations sont souvent proposées :
- Éviter les compléments riches en vitamine A, sauf avis médical spécialisé ;
- Porter des lunettes de protection solaire adaptées ;
- Maintenir un suivi ophtalmologique régulier, idéalement dans un centre expert des maladies rétiniennes héréditaires.

