Témoignage du parcours de vie de Solange.B
Interview Solange.B
Entre les mots durs d’un médecin, les difficultés à l’école puis au travail, et cette angoisse de ne jamais être à la hauteur, l’histoire de Solange est celle d’une lutte menée dans l’ombre.
À douze ans, en 1962, j’ai dû porter des lunettes. Mon ophtalmologue de l’époque, un homme peu patient, m’a même traitée de « bourrique » parce que je n’arrivais pas à lire correctement. Ce mot m’a profondément marquée.
L’année suivante, un autre ophtalmologiste a enfin corrigé ma vue. Je me souviens encore de cette sensation étrange : faire des pas dans le vide en découvrant le monde avec une correction adaptée. Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu suivre une scolarité normale. À la campagne, j’étais toujours placée au premier rang, devant le tableau. Et puis, à cet âge-là, on ne se pose pas trop de questions.
En 1970, j’ai passé mon permis de conduire. Très vite, j’ai compris que je ne devais pas prendre le volant. En 1976, après mon installation en région parisienne, un ophtalmologiste a posé le diagnostic : j’étais amblyope des deux yeux.
J’ai travaillé comme assistante juridique jusqu’en 2005. Mais cette année-là, tout est devenu trop difficile. Je n’arrivais plus à lire, à suivre. J’ai dû arrêter.
Toute ma vie, j’ai lutté avec mes yeux. J’étais ultra-attentive, je fournissais des efforts surhumains pour compenser. Je souffrais de ne pas reconnaître les visages, de devoir refuser des postes par peur de ne pas y arriver. Pourtant, malgré tout, je suis fière de mon parcours. Mon meilleur œil avait une acuité de 4/10.
En 2005, j’ai été classée en invalidité. En 2015, l’opération de la cataracte m’a redonné une certaine vision de loin. Mais de près, c’était toujours compliqué. Puis, en 2021, on m’a diagnostiqué un syndrome cérébelleux. Ma vue s’est déformée. Mon ophtalmologiste n’a pu rien faire.
Aujourd’hui, grâce à l’informatique et à une loupe, je me débrouille. Je m’informe, je me tiens au courant de l’actualité, surtout juridique. J’ai toujours caché mon handicap visuel, à mes employeurs, à mon entourage. Personne ne se doutait que, derrière mes lunettes, ma vue était si faible. Quand il fallait déposer un document dans une salle de réunion, la peur me submergeait. Mais j’ai toujours trouvé une solution pour que quelqu’un d’autre s’en charge à ma place. Mais j’ai surmonté ce handicap. Je continue de me battre, chaque jour.
“J’ai surmonté ce handicap. Je continue de me battre, chaque jour.”

