Des cellules souches au futur traitement : un espoir pour le syndrome d’Alström
Le syndrome d’Alström est une maladie génétique rare et particulièrement sévère. Dès la petite enfance, il provoque une dégradation progressive de la vision et de l’audition, sans qu’aucun traitement curatif ne soit disponible à ce jour.
Face à ce défi majeur, le Dr Karim Ben M’Barek, chercheur à I-Stem (INSERM UMR 861), au sein de l’Université Paris-Saclay / Évry, mène un projet de recherche innovant fondé sur les cellules souches humaines.
Son ambition : reproduire la maladie au niveau cellulaire afin de mieux en comprendre les mécanismes et tester des médicaments déjà existants, dans l’espoir d’identifier rapidement de nouvelles pistes thérapeutiques et d’améliorer la qualité de vie des patients.
Ce projet de recherche est financé par Retina France.
Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir le parcours, les travaux et les espoirs du chercheur à travers cette interview.
![]()
Retina France (RF): Qu’est que le syndrome de alström ?
Dr Ben M’Barek (Dr BMB): Le syndrome d’Alström est une maladie génétique rare qui affecte plusieurs organes : le cœur, les yeux, le foie, les reins et les oreilles. Les premiers signes apparaissent très tôt, surtout au niveau des yeux : les bébés atteints commencent à perdre la vue dès les premiers mois. Aujourd’hui, il n’existe aucun traitement capable de guérir ou même de ralentir la progression de la maladie. Notre projet vise à mieux comprendre la maladie et à trouver des pistes pour un futur traitement.
![]()
RF : Comment procédez-vous ?
Dr BMB : Pour étudier la maladie, nous créons en laboratoire des modèles cellulaires. Ces modèles sont comme des « copies miniatures » des cellules malades, fabriquées à partir de cellules souches humaines.
![]()
RF : Qu’est-ce qu’une cellule souche ?
Dr BMB : Imaginez une cellule souche comme une brique de base capable de se transformer en différents types de cellules (comme des briques qui peuvent devenir un mur, un toit ou une fenêtre). Nous « guidons » ces cellules pour qu’elles deviennent des cellules de la rétine, la partie de l’œil qui capte la lumière et permet de voir.
Nous avons à notre disposition deux sources de cellules souches :
- Des cellules souches provenant de patients atteints de la maladie, qui portent naturellement les mutations responsables.
- Des cellules souches saines dans lesquelles nous introduisons les mutations pour reproduire la maladie.
Ces modèles nous permettent de tester des milliers de molécules chimiques et d’observer lesquelles améliorent l’état des cellules malades.
![]()
RF : Pourquoi est-ce important pour les patients ?
Dr BMB : Comme il n’existe pas de traitement, la première étape est de comprendre ce qui se passe dans les cellules. Une fois que nous connaissons les mécanismes, nous pouvons chercher des médicaments qui corrigent ces anomalies. Même si nous nous concentrons sur la vision, les mécanismes étudiés pourraient aussi concerner d’autres symptômes (cœur, reins, etc.). Une molécule efficace pourrait donc améliorer plusieurs aspects de la maladie.
![]()
RF : Quelle est l’organisation de votre projet ?
Dr BMB : Le projet dure deux ans et est financé par RETINA France. L’objectif est de créer et valider le modèle cellulaire (amplification des cellules, contrôle qualité, formation d’organoïdes de rétine) la première année. Les molécules pharmacologiques pourront être testées sur ces modèles la deuxième année. Certaines molécules testées sont déjà utilisées pour d’autres maladies (médicaments repositionnables), ce qui pourrait accélérer le développement d’un traitement. En effet, un médicament repositionnable est un médicament qui existe déjà et qui est utilisé pour traiter une maladie connue, mais que nous testons pour voir s’il peut aussi agir contre une autre maladie.
![]()
RF : Quelles sont vos prévisions pour les mois à venir ?
Dr BMB : Nous poursuivrons notre effort de compréhension de cette maladie à l’aide de nos modèles cellulaires au cours de l’année à venir. Nous chercherons à comprendre quelles sont les autres altérations causées par cette maladie à la fois sur des modèles en 2 dimensions et sur des mini-organes. Une connaissance plus fine des mécanismes à l’œuvre dans cette maladie permettra de mieux évaluer l’impact de composés pharmacologiques susceptibles de traiter le Syndrome Alström.
![]()
RF : Quelle est la suite de votre projet à l’issue du financement ?
Dr BMB : Dans quelques mois, nous allons commencer une étape cruciale : tester des molécules sur nos modèles cellulaires en 2 dimensions. Ce processus s’appelle le criblage pharmacologique. Concrètement, cela consiste à mettre en contact nos cellules malades avec des milliers de composés chimiques pour voir lesquels améliorent leur état À la suite du financement, les molécules identifiées comme prometteuses seront évaluées sur des modèles plus complexes afin de vérifier leur efficacité sur la vision, mais aussi sur les autres organes touchés par le syndrome d’Alström.
Si les résultats sont positifs, le projet pourra alors évoluer vers des essais cliniques chez l’homme, étape essentielle pour évaluer la tolérance et l’efficacité des traitements. Ce travail progressif vise à transformer la recherche en solutions concrètes sous control médical strict pour les patients , étape par étape.
Nous remercions vivement le Dr Ben M’Barek pour cette interview



